Publicité en audioprothèse bientôt interdite ? Faut-il vraiment retourner dans les années 80 ?


Une photo façon 1985, des baskets montantes, quelques vêtements qu’on n’oserait probablement plus porter aujourd’hui… et un sujet qui, lui, est très actuel.
Depuis quelques jours, la filière de l’audioprothèse s’interroge sur un possible changement majeur : l’interdiction de la publicité commerciale pour les aides auditives auprès du grand public.
Selon Fréquence Audio, un projet d’arrêté a été présenté aux représentants de la profession le 4 septembre 2026. À l’heure où j’écris ces lignes, le texte n’est pas signé et son périmètre exact doit encore être précisé.
Mais le débat est lancé.
Et il mérite mieux, à mon sens, qu’un simple « pour ou contre la publicité ».
Oui, certaines publicités ont fait du mal à l’image du métier
Commençons par ce qui me paraît difficilement contestable.
Ces dernières années, nous avons tous vu passer des communications qui ressemblent parfois davantage à celles de la grande distribution qu’à celles d’un professionnel de santé.
Des cadeaux.
Des promotions permanentes.
Des slogans autour du « 0 € » qui peuvent donner l’impression que l’appareil auditif serait un produit que l’on vient simplement récupérer.
Des promesses spectaculaires.
Des campagnes dans lesquelles la technologie prend toute la place, alors que l’examen, le choix de l’appareillage, son adaptation et surtout le suivi semblent presque accessoires.
Le problème n’est pas seulement esthétique.
Cela finit par modifier la perception même du métier d’audioprothésiste.
Une aide auditive n’est pas un téléviseur ou une paire de baskets que l’on choisit parce qu’une publicité nous a convaincus qu’un modèle était meilleur qu’un autre.
L’appareil est un outil.
L’appareillage, lui, est un accompagnement.
Il commence par l’écoute du patient, l’analyse de ses besoins, de ses difficultés quotidiennes et de ses attentes. Il se poursuit par le choix d’une solution adaptée, des réglages, des contrôles et un suivi dans la durée.
Lorsqu’une publicité fait croire que tout repose sur le produit, elle raconte donc seulement une petite partie de l’histoire.
Et parfois la mauvaise.
Mais faut-il pour autant arrêter de communiquer ?
C’est là que je suis beaucoup plus réservée.
Parce qu’entre le matraquage commercial et le silence radio, il existe tout de même un espace.
Et cet espace s’appelle simplement l’information.
Un patient doit pouvoir savoir qu’un centre auditif existe près de chez lui.
Il doit pouvoir connaître l’audioprothésiste qui va le recevoir, sa formation, ses spécialités, sa manière de travailler ou les services proposés dans son centre.
Il doit pouvoir comprendre ce qu’est un bilan auditif, à quel moment il devient utile de faire contrôler son audition, comment se déroule un appareillage ou pourquoi le suivi est indispensable.
Il doit pouvoir être sensibilisé aux premiers signes d’une perte auditive, aux acouphènes, à la prévention face au bruit ou aux difficultés de compréhension dans les environnements sonores complexes.
Et oui, il doit également pouvoir choisir son professionnel.
Communiquer n’est donc pas nécessairement vendre.
Et informer n’est pas racoler.
La réglementation prévoit d’ailleurs déjà des limites
Le cadre actuel n’est pas une autorisation de dire n’importe quoi.
La réglementation impose notamment que la publicité pour les dispositifs médicaux soit objective et qu’elle ne soit pas trompeuse.
La convention nationale organisant les rapports entre les audioprothésistes et l’Assurance maladie va également dans ce sens.
Elle reconnaît que la publicité peut contribuer à éclairer le choix des assurés, tout en demandant une communication loyale et objective et en interdisant les pratiques susceptibles d’encourager une consommation excessive de dispositifs médicaux.
Autrement dit, les principes existent déjà.
La vraie question est peut-être de savoir s’il faut supprimer la communication… ou mieux faire respecter ces principes.
Car le risque du silence existe aussi
On parle beaucoup des dangers d’une publicité trop agressive.
Mais beaucoup moins des conséquences possibles d’une absence de communication.
Pendant longtemps, la perte auditive a été entourée de tabous.
On attendait.
On minimisait ses difficultés.
On associait facilement l’appareil auditif au grand âge.
Et beaucoup de personnes ne savaient tout simplement pas à qui s’adresser.
La communication autour de l’audition a aussi contribué à faire évoluer cette image.
Aujourd’hui, un patient peut trouver des informations sur une perte auditive, regarder une vidéo expliquant les premiers signes, lire les conseils d’un professionnel ou découvrir le fonctionnement d’un centre avant même de prendre rendez-vous.
Pourquoi faudrait-il renoncer à cela ?
Surtout à une époque où une grande partie du parcours du patient commence désormais sur Google, sur les réseaux sociaux ou sur un site Internet.
En 2026, ne plus communiquer ne signifie pas devenir plus médical. Cela signifie surtout devenir moins visible.
Et cette différence est importante.
Une interdiction trop large pourrait aussi pénaliser les indépendants
C’est un point auquel je suis particulièrement sensible, parce que j’accompagne essentiellement des audioprothésistes indépendants.
Et je vois à quel point la communication peut être importante pour eux.
Une enseigne nationale possède déjà une notoriété, un nom connu, des implantations multiples et parfois plusieurs décennies de communication derrière elle.
Un centre indépendant, lui, doit faire connaître son existence localement.
Il doit pouvoir présenter son équipe, son expertise, sa manière de travailler, ses spécialités et ce qui différencie son accompagnement.
La communication peut justement permettre de remettre le professionnel et sa façon de travailler au centre du message, plutôt que le produit.
C’est aussi une façon, pour un indépendant, d’expliquer pourquoi un patient pourrait choisir son centre plutôt qu’un autre.
Et je ne vois rien de choquant à cela, tant que cette communication reste honnête.
Une interdiction trop large pourrait donc avoir un effet paradoxal : pénaliser davantage ceux qui ont justement besoin de communiquer pour exister face à des acteurs bénéficiant déjà d’une très forte notoriété.
Alors, qu’est-ce qu’une « pub propre » en audioprothèse ?
C’est finalement là que se situe ma position.
Les audioprothésistes doivent pouvoir continuer à communiquer.
Mais pas n’importe comment.
Pour moi, une communication responsable en audioprothèse devrait être assez simple :
Expliquer plutôt que promettre.
Parler du patient avant de parler de l’appareil.
Présenter honnêtement les différentes solutions, y compris le 100 % Santé, sans utiliser le remboursement comme un produit d’appel.
Mettre en avant les compétences du professionnel et la qualité du suivi.
Éviter les cadeaux et les artifices commerciaux qui n’ont rien à voir avec le soin.
Ne jamais créer artificiellement un sentiment d’urgence.
Donner des informations vérifiables et compréhensibles.
Et surtout rappeler qu’un appareillage réussi ne se résume jamais à l’achat d’un appareil.
Dans mon travail, lorsque j’accompagne un audioprothésiste indépendant dans sa communication, c’est justement ce que je cherche à mettre en avant : qui il est, comment il travaille, ce qu’il apporte à ses patients et ce qui fait la singularité de son centre.
Bien sûr que l’objectif est aussi de le faire connaître.
Il serait hypocrite de prétendre le contraire.
Mais faire connaître son travail ne signifie pas forcément tomber dans la surenchère commerciale.
Un professionnel de santé devrait pouvoir expliquer ce qu’il fait, montrer son expertise et donner envie à un patient de venir le consulter sans avoir besoin de promettre une tablette, une remise exceptionnelle ou le dernier appareil révolutionnaire.
Faire le ménage, oui. Éteindre la lumière, non.
Je comprends donc parfaitement la volonté de mettre fin à certaines dérives.
Elles existent.
Et elles desservent probablement l’ensemble de la profession, y compris ceux qui ne les pratiquent pas.
Mais je préférerais que nous profitions de ce débat pour définir ce que doit être une communication responsable en audioprothèse plutôt que de conclure que toute publicité ou toute communication commerciale serait forcément mauvaise.
Encadrer davantage certaines pratiques ?
Oui.
Sanctionner réellement les communications trompeuses ou abusives ?
Évidemment.
Redonner davantage de place au professionnel, au suivi et à la santé auditive ?
Encore oui.
Mais retourner quarante ans en arrière et considérer que le meilleur professionnel de santé serait celui dont on n’entend jamais parler ?
Je n’en suis pas convaincue.
Entre le matraquage publicitaire et le silence des années 80, il existe un juste milieu : informer sans racoler, communiquer sans promettre l’impossible et rester droite dans ses baskets.
Montantes, bien sûr.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Interdire la publicité en audioprothèse serait-il un grand ménage nécessaire… ou risque-t-on de jeter avec elle une partie de l’information utile aux patients ?
L’Architecte de la Com accompagne les professionnels de santé et les audioprothésistes dans la structuration d’une communication claire, régulière et adaptée à leur activité.

Priscilla Baroukh
Fondatrice de L’Architecte de la Com
Agence de communication pour les professionnels de santé et les audioprothésistes — Print & Digital



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